mardi 15 août 2017

D’un tragique insupportable

[Im Fernsehen kam wieder einer von diesen Filmen, in denen sich Schauspieler ineinander verlieben, weil sie so „schön“ sind – d. h. blond, gesund und sportlich. So etwas deprimiert mich, ich schalte sofort um, wenn es vorkommt. Es mag durchaus sein, dass man sich nur deshalb in jemanden verliebt, weil die Person blond, gesund und sportlich ist – ich lese derartiges bei William Dickey heraus, und selbst bei Thom Gunn – doch mitansehen will ich es nicht. Ich kann es nicht glauben, und wenn es tatsächlich passieren sollte, halte ich es für ein Drama. Auf dem Bildschirm ist es mir zu traurig. Es hängt mit dieser nachgerade tragischen Vorstellung von Göttlichkeit zusammen, der wir namentlich im angelsächsischen Kulturraum begegnen. Halten wir uns den antiken Skulpturenschatz vor Augen, sehen wie allerdings nirgendwo Amerikaner. Apollos, die wir uns auf einem Surfbrett vorstellen könnten, gibt es nicht ; dafür waren die Olympier viel zu blond, sportlich und gesund. Wellenreiten wurde erst kurz vor Aids erfunden, von entwurzelten Masochisten, als die ganze schäumende Schönheit prompt in sich zusammenfiel und nichts als wieder der schiere Mensch unter den Brechern zum Vorschein kam. Das darf er aber nicht, um mit den alten Griechen zu sprechen. Der Europäer versteht das noch so halbwegs, und der Orientale weiß zum Glück überhaupt nicht, worum es dabei geht.]

Le matin, à peine réveillé
Je dois constater qu’une fois de plus
La perfection de la figure humaine a disparu.
Très présente dans le rêve, figure du rêve même
Lorsque je me vidange dans la cuvette
Suivant du regard le jet limpide
Elle a déjà fichu le camp.
Nettoyée, quoi, la
Brumeuse.

Et elle est allée où, dis donc ?
Rejoindre son monde de la perfection
Duquel, à peine urinant, je suis déjà exclu.
Je n’ai qu’à presser le bouton de la chasse d’eau
En me désolant qu’éternelle jeunesse se soit barrée avec.

Comment veux-tu que la perfection reste ?
À peine réveillé, tu cours aux chiottes
Comme si c’était la chose à faire.

Vas-y, pisse, mon gars
Puis traîne-toi dans la cuisine
Infuse ton thym, beurre tes biscottes
Et si tu avais un chien, tu le sifflerais doucement
Pour le caresser d’une main, tenant la tartine dans l’autre
Retrouvant la perfection dans les yeux pragmatiques
D’un gardien qui t’enseignerait la vie sans rêve.
Ou plutôt sans les rêves ayant justement
Figure prise pour humaine.

14 Août, 2017

dimanche 13 août 2017

Of a Confessional with no Biography

Je tâche de résister, alors que plus fort que moi ne résiste pas. 
L’air, qui est parmi les plus forts, peut-être le plus fort, ne résiste jamais, il contourne peut-être ; ainsi l’eau, la lumière, et même la terre, lourdeur d’un sol qui s’esquive sous mes pas, se dérobe, me fait perdre pied et néanmoins ne me trahit nullement, simplement ne résiste pas, étant infiniment plus grande force que moi, alors que moi, je tâche de résister. 
Pourtant, je suis plutôt de l’ordre du néant entre les choses qui sont, le néant qui fait vivre ce qui est et lui donne son utilité – on a besoin de l’esquif pour connaître la dimension des vagues, on a besoin d’un alpiniste pour savoir si c’est petite roche ou montagne – tel le blanc dans un tableau entre les taches de couleur, au moins ça. Je tâche de résister. 
Combat perdu d’avance. Alors que plus fort que moi, été en été, hiver en hiver, et passager au moment des passages, alors que plus fort que moi, sans jamais résister, était là avant moi, sera là après moi. 
Il est tout à fait inutile de me demander de l’imiter, de laisser aller, d’être été en été, hiver en hiver, et passager au moment des passages, ce qui ne résiste pas étant tellement plus fort que moi.

1. Life is a Mind Reader

Ich sitze kaum, kommt schon die Dame
Mit meinem Teller: „Ging ja schnell.“
– „Bitteschön, Herr, Ihre Bestellung
Ich wünsche wohl zu speisen, gell.“

Es ist nicht, was ich essen wollte –
Ein solches denk zumindest ich.
Hab etwas gegen Eingeweide
Namentlich dann, wenn säuerlich.

Hat sich getäuscht die Frau Bedienung
Oder bin ichs, der falsch gedacht?
Die Zweifel wachsen mit dem Alter
Wir werden blinder gegen Nacht.

Zu alt, die Sache aufzuklären
Bedank ich mich: „Ja, saure Nieren.
Können Sie denn Gedanken lesen?
Lernt man denn sowas beim Servieren?“

„Klar, mit der Zeit liest man dem Kunden
Vom Auge ab, was er begehrt.“
Ich würg es runter, Trinkgeld: fürstlich.
Ich schätze, was mir widerfährt.


2. Notice

I heard a petrel yell into the storm:
The cliffs where I soared up
Must be called home

Whatever I breast is gentle home again
And where I crash will necessarily
Be my eternal home.

Can’t fly away from it and still
All ocean has been, is and will be mine –
The only place where no home menaces is inside me.


August 12, 2017

samedi 12 août 2017

Yoga et modernité

En retenant très fortement ma respiration
Je réussis à créer un vide au niveau du bas-ventre
Ce qui fait que mon pénis se retourne comme un gant
Pour me rentrer droit dans le corps
Laissant la touffe toute seule, ébouriffée.
Même si cela ne me procure peut-être pas les sensations
Que l’on peut éprouver avec l’organe d’autrui en soi
Sur le plan spirituel, cet exercice me satisfait.

– Qu’est-ce que tu as fait de ta pièce attachée ? me demande
Effarée, la jolie personne devant laquelle je me suis dénudé
Tout fier de pouvoir lui montrer le résultat de mes efforts.
– Je l’ai aspirée, c’est une banale technique de yoga, dis-je
En cherchant à dissiper son effroi. Un prochain jour
Je compte y arriver les couilles incluses.

– Je trouve ton truc assez horrible comme ça, me répond-on.
Cesse de faire de ces jeux avec ton souffle, je t’en prie !
Moi, c’est simple : j’obéis à l’injonction d’une jolie personne
Et avec un petit plop ! le membre
Ressort comme s’il n’avait jamais été ailleurs –
Tout beau tout neuf, que demande de plus le peuple ?

– Ah, c’est mieux, fait la personne, et il est même si brillant
Qu’on ne devinerait jamais l’aventure qu’il a eue.
Toujours est-il que si tu reprends ton yoga à la noix
Tu peux faire une croix sur nos relations intimes
Car, chez l’homme, le sexe trop rétractable est une abomination.

– Les Hindous se sont entraînés pendant des siècles
Pour réussir ce coup, répliqué-je, et moi, vois-tu, je profite juste
De leur sagesse vieille de trois mille ans. Mais je
Conçois que les gens n’aiment pas les méthodes de contrôle
Inventées par une société divisée en castes et, en fait,
_______________________________________violentissime.

– De leurs castouzes je m’en fous, s’énerve la personne jolie
Et de leur violence pareil.
Or, si tu tiens à tout prix à la méditation, médite plutôt sur le fait
Que ce qui par nature est en dehors, doit le rester
Et ce qui est en dedans, doit le rester aussi
Quand on veut maintenir des relations fructueuses.
Progrès ou pas, trop d’élasticité tue l’amour.

– Je comprends ton point de vue.
Dorénavant, joli cœur, je m’exercerai en cachette.
Tant que les testicules
Ne s’introduisent pas avec
Il y a encore du chemin à faire.

11 Août 2017

vendredi 11 août 2017

Cornada Cases


1. On a Minor Case of Persistent Pubertal Gynecomastia

I clipped this picture of some youthful matador
– Head cropped off at the lips –
Getting dressed in a hotel room. Trousers
Are on, not so the rest of the traje de luces.

He bends his bare and hairless chest with
Broad, a teeny tad bit tumid nipples
A large medallion hanging from the neck. Left
Upper arm tattooed, the wrist wearing a bunch of bracelets:
Wish ribbon, silicone band, strands and bangles
To showcase the juvenile hand
While, unadorned, the right one, trained enough to deal death
______________________________________________blows
For the time being seems to hold a needle.
On the bed in the background, recognizably
A smartphone.

I confess without blushing that
Mainly the transient flaw of puffy nips
Has made me tack this on my wall.

Boy doesn’t need his art to tease the beast, white flags
Will wave to grant two ears, the tail, plus someone’s balls – for he’s
Himself the bicho and has gored
A suitor with the mellowest of all protrusions
Pardoned, then exited on mildly aging shoulders that
Must bear a load for sure no heavier
Than what a photo weighs.


2. A Case of Imperforate Anus

The first torero, proud boy, found
His bunghole stuck somehow
And tried to cure this running ’round
The mad calf of a cow.

He called his dance a cattle fight
Convinced there was a mission.
A horn injury fixed that quite
Deplorable condition.

Some prophet came, horns on his nob
With a new code and ban:
“An intact anus needs no job
If Man stops bullying Man.

If y’all have some spunk left, dispose
Of guy-’gainst-livestock lore;
The ballerino’s pricky rose
Should know more ways to gore…”

Bawled he.-  I still clap when one digs
Carne de lidia, see –
It’s part of Nature’s ageless tricks
To dump virility.


August 10, 2017


jeudi 3 août 2017

Bragging of Options


i.

Quand on m’attrape, puis soulève dans la souricière
Afin de m’examiner de plus près
N’étant pas une souris

Dans ma terreur, je ne
Boulotte pas compulsivement mon appât
Cette carotte bien plus longue que moi, queue incluse.

Moi, sous l’œil du piégeur
La terreur me coupe sec l’appétit, et là
Si j’ai remangé, c’est parce qu’elle s’est un peu estompée.

La terreur ne s’en va pas, elle s’estompe
S’il n’y a rien de nouveau, elle
S’oublie sur le moment

Comme aussi les bonnes choses dans la vie, ternissant
Pour reprendre leurs couleurs époustouflantes
Dès qu’il y aura dudit nouveau.

Le chat rôde, et ses gros yeux aux pupilles fendues
Voient plus clair que celles des natures
Prêtes à se laisser attendrir.


ii.

There was no other route to reach
The place I longed to stay
But when I got there I had lost
All lust along the way.

Talking of roads, touting rough ways
Bragging of options – well
You just forget that when you get
Someplace it might be hell.

Treading the harder path will lead
You to the harder spot.
There’s no hardship-induced reward
For chosen plight, you clod.


August 2nd, 2017

jeudi 13 juillet 2017

Whereward


1. Apparition

Yet I beheld one pristine face where thousand were
    a throng of passers-by
That face, inscrutable, and I, aware to have
    it made up by myself
For it demands its share of wit to single out
    your pearl amid the beads.

While beauty may refuse to hitch up with dubious wit
    wit has to marry beauty
Bound and tied not by a fickle wedlock but
    spiritual commitment
That declares: Thou dost not need me, so be seized
    by force and violence.

I thus beastly embraced and ravished all of this
    calm countenance
Once dragged under a skull, ripped off its veil
    to immerse it into wit –
As if that were at stake when love defiles her face
    in spurting solitude.


2. Tumor Scan


Good news, so that
_______________ distress
_____________ _________could
____________________________melt away.

To get these news some test had to been made
A limpish thing unveiled and then inspected
Its little roll of skin withdrawn to check
If underneath there came some tumescence.

This flaccid thing with careful ruthlessness
Manipulated and no swelling bared
All keeping still, wrinkles and flab, the sheen
Of one mild knob that won’t degenerate –

Old age, I guess.
______________And thus good news ahead.
Where nothing frets, distress is on the skids
And once it’s dead, life may begin again.


July 12, 2017

mardi 4 juillet 2017

Evolution

Wahrscheinlich kommt es im Lauf der Evolution
Auch noch zu einfarbigen Zebras und Kurzhalsgiraffen
Denn zahnlose Tiger, so etwas wie Menschenaffen
Und ausgesprochen unkluge Sapiens – all das gibt es ja schon.

Zweifellos ist den langen Gesellen haushoch überlegen
Die stämmige Kurzhals, die ihr Laub vom Boden frisst;
So das Grauzebra seinen gestreiften Knastbrüdern, es ist
In Gesellschaften Mittelmaß immer von Vorteil, weswegen

Die geschäftige Menschheit nur noch etwas warten muss
Auf empfindliche Dünnhautnashörner, vegetarische Löwen
Faul schmarotzendes Bienenvolk und stumm weinende Möwen
Denn der Fortschritt ist unaufhaltsam und er geht bis zum Schluss.

5. Juni 2017

dimanche 4 juin 2017

Licht bricht

Licht bricht aus Fenstern
    und in Fenster.
Doch wenn das Licht aus Fenstern bricht
    ist draußen Nacht
Und wenn es in Fenster bricht
    ist draußen Tag –
So einfach ist es.
Es hängt nicht von den Fenstern ab.

Ich weiß etwas, mir wird
    etwas gesagt.
Doch wenn ich etwas weiß
    hab ich es erst lernen müssen
Und wenn mir wer was sagt
    Hat der es erfahren müssen –
So einfach ist es.
Es hängt nicht von uns beiden ab.

Ich wüsste gerne etwas schon
    zuvor:
Es bräche in mich wie Tageslicht
    und bräche
Gleichzeitig aus mir selbst heraus
    In andrer Leute Nacht –
So geht es aber nicht.
Die Tageszeiten wechseln einfach ab.

3. Juni 2017

samedi 3 juin 2017

Nominal, Capital


“And teach the soul it wears the face and coat / Which that lucidity obscures.” Michael Donaghy

1. Nominal

Some mutt breed said I certainly don’t
Know where I’m from, you can
Just find out who I am.
So take me at face value, man.

– At face value I cannot take
Any lousy mutt breed;
Might happen that it will
Bite the hand reached out to feed.

– So I shall be a bloody liar
So I shall be your foe.
Take that at face value, man:
I shall be the one you shall know.

– You’re a sheer showboat, a grandstander
I said, your lies are poor;
I know your dad and mom:
You’ve never been mutt-bred for sure.

That dog assured me it knew better
Believing its own poo.
At face value I’ll take it, then –
One sniff at it, and that’ll do.


2. Capital

A crime was far from consummate
Nevertheless the passion’s victim died.
Who’s not a judge must take a side:
Punish, acquit or recommit.

The crime was sanctioned by a sentence
The sentence by its execution
For some romantics cherish the illusion
That execution meets repentance.

I who have no illusions left
Myself selected may agree
About the crime and its degree
Yet of all judgment likewise am bereft

Nor do I know who, then, should foot the bill
Of rights or wrongs. When things are too
Botched up for being false or true
The only truth flows from a quill.

Black warrant past summation writ:
Tip of this murd’rous pen or of that knife
Stabbing one’s love to death from life –
Dashing decision, in a fit.


June 1st, 2017

dimanche 14 mai 2017

Testament et nénie


i.

L’an soixantième de mon âge
Ne restait plus rien de ma rage
Ne restait rien de ma sagesse
Venue prudence, la vilaine.

De mon âge, à la soixantaine
Une fois consommée la haine
N’était restée que gentillesse
Oui, gentillesse, la traîtresse.

Ladite soixantaine atteinte
Et toujours entre espoir et crainte :
Espoir à la raison partie
Crainte sans plus de compagnie.

D’amis n’ai plus aucune trace ;
La soixantaine semble grâce
La solitude semble sainte
Mais sainte sans sa tromperie.

– Que veux-tu donc que l’on y fasse ?
Le jour s’en va, tournez la page
La nuit s’étend, dite est la messe.
N’as-tu rien dans ton bas de laine ?

– Ma prévoyance, rien que feinte :
Dissipées, mes économies
Et sans savoir par quel usage
L’an soixantième de mon âge.


ii.

Une sorte de bonheur doit aussi mourir
Avec l’insouciance.
Mais, insouciant, le bonheur n’était-il pas la nasse
Dans laquelle les dieux s’amusent à perdre les hommes ?

La perte de l’insouciance est peut-être le début d’un bonheur
__________________________________________autre ;
Celui-ci, se sachant menacé, sauvant l’homme
De l’irresponsabilité du dieu poseur de pièges.
Les funérailles du premier de ses bonheurs
Peuvent alors devenir une fête pour l’homme
Qui s’y connaît en fêtes mortuaires.
Sous les soucis plus responsable que ses dieux
Il peut ainsi en devenir l’égal en ruse et toute-puissance.


13 Mai 2017

mardi 11 avril 2017

Große Worte

[Der Tod im Leben heißt Hoffnung. Er heißt Morgen-wird-es-besser. Er heißt Aufschieben, alles nur ein Provisorium. Der Tod im Leben heißt, es gibt ein Leben vor dem Tod und demnächst ist es soweit. Derweil ist man aber tot. Vorläufig. Vielleicht gibt es ja tatsächlich noch ein Stückchen Leben hinterher – die längste Zeit war man dann aber tot gewesen, und sie ist einfach nicht nachzuholen, diese Todeszeit.]

Kürzlich ist mir ein Eckchen vom Zahn weggebrochen;
Die Zunge sucht jetzt immer danach
Aber sie findet es nicht.

Die Zunge ist das Leben
Das Eckchen Zahn liegt schon im Grab
Aber die Zunge sucht es nach wie vor im Mund.

Der Mund ist zum Glück das Leben und kein Friedhof
Für weggebrochene Zahneckchen; diese Zunge
Ist allerdings ebenfalls das Leben.

Ja sogar der restliche Zahn ist noch das Leben.
Wie Mund, Zunge und Zahnrest mit diesem Leben klarkommen
Ist ihre Sache: Die Zunge sucht und der Rest handelt, als hätte er
_____________________________________ nichts verloren.


De grands mots

[La mort dans la vie s’appelle espoir. Elle s’appelle demain-sera-mieux. Elle s’appelle remettre-à-plus-tard, tout-n’est-que-provisoire. La mort dans la vie dit qu’il y a une vie avant la mort et qu’elle adviendra bientôt. En attendant, on est mort. Temporairement. Il y aura peut-être en effet encore un bout de vie après – mais la plupart du temps on aura été mort, et il n’est simplement pas rattrapable, ce temps mort.]

Récemment, j’ai perdu un bout de dent ;
Désormais, la langue le cherche
Mais ne le trouve pas.

La langue, c’est la vie
Le bout de dent gît déjà dans sa tombe
Mais la langue, elle, continue à le chercher dans la bouche.

Par bonheur, la bouche, c’est la vie et non pas un cimetière
Pour des bouts de dents partis ; or, cette langue
Elle aussi, c’est la vie.

Et même la dent qui reste, c’est encore la vie.
La façon dont bouche, langue et dent restante gèrent cette vie-là
C’est leur affaire : la langue cherche et le reste fait comme s’il n’avait rien perdu.


22 Décembre 2014 / 10 Avril 2017

dimanche 9 avril 2017

Améliorations en vue

Accumuler n’est pas toujours judicieux. Il y en a qui accumulent des richesses, d’autres, des expériences ; on peut regarder ça comme judicieux. Mais accumuler des poussières ? Accumuler des dettes ? Lorsqu’on vieillit, il y a accumulation et accumulation. Notamment, il y a accumulation de pertes. Allez-y, mettez toutes ces pertes en tas et regardez ce tas. Est-ce un tas énorme ou n’existe-t-il même pas ? Est-il un trou, ce tas ? Le même trou qui finira par vous engloutir ? Se trouver devant un tas qui a tout d’un trou, c’est à peu près ça, le fait de vieillir, de mûrir.

1. Von Bechsteins überalterten Moralvorstellungen

Las die alten Märchen wieder
Die mich vormals so entsetzlich
Ängstigten und fand sie leider
Überhaupt nicht gruselig.

Wie beeindruckbar die Kinder
Und wie abgebrüht die Alten
Ist das Allergruseligste.
Ich als Kind hatte schon recht.


2. Accent Geezer

De days I still feel hormonawl
Aren’t dose when I’m amorawl:
My hormonawl’s more terminawl
Dan normal or enamorawl.

De days I still would whore ’em all
Are truly dose I’m more morawl:
My hormonawl’s less criminawl
Dan minimawl and comicawl.


3. Engel

Höre noch ein fernes Rauschen
Wollt mit keinem andern tauschen
Halte mir die Ohren zu
Bin darauf so taub wie du.

Hätt ich einen Wunsch noch offen
Käm ich in Verlegenheit:
Auf rein gar nichts mehr zu hoffen
Ist nun die Gelegenheit.

Wünsche solln wie Blumen blühen
Wenn die Jahreszeit es will –
Ohren zu, und es ist still
Ohne sich drum zu bemühen.

Wünsche sollen sein Sirenen
Die erst bei Gefahr ertönen;
Ist sie, die Gefahr, gebannt
Rauscht wieder Ruhe im Land.


4. Tveir Kenningar

En un an, il s’en passe des choses.
Alors en dix ans, en vingt ans...
En vingt ans, quasiment rien n’est arrivé
Alors qu’en un an, il s’en passe des choses.

Choses-passées rencontre Rien-n’est-arrivé.
Il l’aborde : Quoi de neuf, camarade ?
Camarade ne sait quoi répondre
Justement lorsqu’il tombe sur Choses-passées.

Tu me vois bien navré, s’excuse Rien-n’est-arrivé.
C’est moi qui dois m’excuser, répond Choses-passées
De te tomber ainsi dessus à l’improviste.
J’aurais mieux fait de t’éviter pour souffrir en silence.


9 Mai 2016 / 8 Avril 2017

jeudi 6 avril 2017

Tierliebe. L’amour des bêtes

[Je viens de lire dans la presse qu’un type a eu des relations illégitimes avec une de ses poules, et ce n’était pas un affranchi mais plutôt quelqu’un de très attaché à sa basse-cour, et la poule une véritable gallinacée.
Est-ce que l’amoureux s’est mis d’abord des plumes au cul pour ressembler à un coq ? Est-ce qu’une poule bien élevée peut admettre qu’elle apprécie ce genre de relation ? Serait-elle simplement en mesure de signaler son éventuel consentement par voie de caquètements ? Que de questions. Or, cet individu a été condamné par la justice tel un monstre, peut-être selon le dicton que celui qui viole la volaille, viole aussi la marmaille.
J’avais parfois entendu qu’une poule de supermarché, morte et plumée, pouvait servir à des transactions contre nature, mais j’ignorais que déjà de son vivant elle pouvait faire office de chèvre.
L’affaire nous enseigne que, malgré toutes ses réussites, la modernisation du monde paysan a encore du chemin devant elle. Nous ne savons toujours pas de quoi la créature est capable et à quoi elle peut servir, ne connaissant nul but ultime à la création même. La justice mondaine peut s’en mêler tant qu’elle veut, régulant le cours des choses selon la mode du moment, elle ne nous le dira pas. Nous ne l’apprendrons que lorsque les poules auront des dents pour s’exprimer comme nous autres.]

Ich bin mir Haustieren aufgewachsen
Doch es fiele mir nicht ein, mir selbst welche anzuschaffen.
Ich freue mich über die Zuneigung von Tieren
Möchte sie aber so wenig erzwingen
Wie ich die Zuneigung von Menschen erzwingen möchte.
Ich bin gegen jede Art von käuflicher Liebe
Das ist Teil meines Narzissmusprogramms.

Ich mag Haustiere gern
Doch habe einen kleinen Ekel vor ihnen:
Nachdem ich sie gestreichelt habe, muss ich mir diskret die Hände
__________________________________________waschen
So ist das. Ihren Herrchen verberge ich das.
Habe ich Menschen gestreichelt, geht das ohne Waschen hinterher
Aber einen klitzekleinen Ekel vor Leuten, die vertrauensvoll mit
_________________________________dem Schwanz wedeln
Habe ich auch. Ich will der Sache nicht weiter nachgehen.

Was kreatürlich ist an mir selbst
Berührt mich vor lauter Eigenliebe, und es widert mich doch
Vor lauter Selbstkritik ein klein wenig an:
Es ist das Haustierhafte an mir.
Vielleicht ist es das, was Tiere erkennen
Wenn sie freudig an mir hochspringen
Und womöglich ist es genau das, was ich ablehne bei unserer
_____________________________________Kameradschaft.


J’ai grandi entouré d’animaux domestiques
Mais il ne me viendrait pas à l’esprit d’en acquérir moi-même.
Si la sympathie d’une bête me fait plaisir
Je ne voudrais pas la forcer, au même titre
Que je ne veux pas forcer la sympathie des hommes.
J’abhorre tout genre d’amour vénal
Cela fait partie de mon programme narcissique.

Je les aime bien, ces bêtes
Mais en même temps j’en ressens un léger dégoût :
Les ayant caressées, je dois me laver discrètement les mains
C’est comme ça. Je le cache à leurs maîtres.
Ayant caressé des humains, je n’ai pas besoin de me laver après ;
Or, les gens qui agitent leur queue pleins de confiance me débectent également.
Restons-en là.

Ce qui est créature en moi-même
Me touche par amour propre, et néanmoins
Me dégoûte quelque peu par autocritique :
C’est mon côté animal domestique.
Peut-être est-ce la chose que reconnaissent les bêtes
Lorsque, tout enjouées, elles me sautent dessus
Et peut-être n’est-ce rien d’autre que cette chose-là que je refuse dans notre camaraderie.

5 Avril 2017

mercredi 5 avril 2017

Post

Ich erwartete erfreuliche und ärgerliche Post.
Was die ärgerliche anbetraf, erwartete ich sie
Tatsächlich weniger, als dass ich sie befürchtete, das heißt:
Ich hoffte darauf, dass sie mir erspart bliebe.
Aber wie es so ist im Leben, beides kam an.
Kam die erfreuliche Post, freute ich mich
Kam die ärgerliche, ärgerte ich mich –
Und zwar jeweils den ganzen Tag oder noch länger.

Den ärgerlichen Brief legte ich rasch zur Seite
Damit er mir nicht mehr unter die Augen käme; den
Erfreulichen hingegen ließ ich sichtbar herumliegen.
Doch es half nichts: Ärger und Freude wogen sich auf
Und dass der Ärger nicht weitaus stärker war als die Freude
Ist nur meinem glücklichen Naturell zuzuschreiben.

Hätte die ärgerliche Post ich nämlich sichtbar liegen lassen
Und die erfreuliche rasch verborgen
Wäre es schlimm um mich bestellt gewesen.
Und dennoch habe ich die Eigenart
Ungeachtet meines Naturells
Meinen Ärger meist offen zu zeigen, jedoch
Mich eher im Verborgenen zu freuen.


Courrier

J’attendais du courrier agréable et du courrier fâcheux.
En ce qui concernait le fâcheux, en fait, je
L’attendais moins que je ne le craignais – c’est-à-dire
J’espérais qu’il n’arriverait peut-être pas. Mais
Tous les deux me sont parvenus, notre vie est ainsi faite.
Recevoir le courrier agréable m’a rendu content ;
Recevoir le fâcheux m’a énervé – et chaque fois
Pendant une journée entière, voire plus longtemps encore.

Le courrier fâcheux, je l’ai vite mis de côté
Afin qu’il ne blesse plus mes yeux ;
L’agréable, par contre, je l’ai laissé visible.
Cela ne changeait rien : mon agacement valait ma joie
Et ma joie, mon agacement ; et que l’agacement ne valait pas
Davantage, je le dois uniquement à mon naturel heureux

Si, en revanche, j’avais laissé le fâcheux en évidence
Et caché l’agréable sans tarder
J’aurais filé un bien mauvais coton.
Pourtant, en dépit de mon naturel, j’ai tendance à
Toujours le montrer ouvertement quand je suis agacé
Et à me réjouir plutôt en cachette.

3 Avril 2017

samedi 1 avril 2017

Pudor

[Quelqu’un qui est entouré de livres et n’arrive pas à faire éditer les siens a nécessairement un rapport différent avec ses livres que quelqu’un qui en est entouré tout en réussissant à publier ses propres salades. Nécessairement, le respect du livre en souffre. Celui qui n’arrive pas à publier respecte les livres publiés pas davantage, mais un peu moins. Il est comme un homme qui, rejeté par les femmes, les respecte un peu moins, tout de même. Non qu’il les méprise carrément comme le font pas mal de dragueurs, mais il ne leur pardonne pas tout à fait, les trouvant guère lucides. Or, ce n’est pas la faute aux livres publiés si lui, il n’arrive pas à publier, c’est la faute au monde éditorial. Serait-ce la faute aux parents des femmes si tel homme manque de succès auprès d’elles ? Le dragueur et l’auteur à succès savent comment s’y prendre ; chez eux, le mépris est souvent une part substantielle du savoir-faire, ils méprisent et respectent profondément les lois du marché, les belles femmes et les livres à succès, et je trouve ma propre position bien plus équilibrée. Je ne méprise aucun livre, je ne respecte pas les lois du marché, mais connais quand même les limites des bouquins, limitations cachées aux autres qui font que je n’arrive point à y mêler les miens.]

I knew a very timid man, he died
Of this odd shyness, couldn’t
Look no woman in the face
Before she’d turned a crone in his poor eyes.

As he grew older, even hoary hags
Became too pretty for eye contact but
He learned to pay for a man’s needs
And wound up sponsoring a whore he trusted in.

I do not think he had to meet the eyes
Of this fair whore in order to connect and bond
For we all understand blind love
Is harlots’ utmost inner skill.

He once told me no real girl was beautiful
Enough and that he easily could fall
In love with movie stars but never
With one of those available on earth.

I knew some girls on earth who liked the bloke
But most of them themselves were shyness-stricken
And others found, alas, no way to engage
With one unfit to contact through the eye...

It was of no avail that he wore contact lenses
Being even too shy for sporting glasses.
After his death, I stumbled over a photo of his mother;
Are you amazed if I call her good-looking?

He died of shyness, there’s no other word for it.
A maiden man despite his whore-house trips.
Had he been born female, I’m sure he would
Have made a perfect wife to any gentleman.

March 30, 2017 – In Mem. E. P.

mardi 14 mars 2017

Légèreté d’anges

Tant que le sol ne bouge pas sous tes sandales
Tu peux penser que rien ici n’est important
Et même lorsque ce sol tremble, le scandale
En détournant l’attention, est réconfortant.

Ce n’est que quand il se dérobe et nonobstant
Tu ne disparais pas dans le trou grand ouvert
Que tu dois t’inquiéter un peu, il y a pourtant
Longtemps que le néant a été découvert.

Depuis toujours tu vis sur le vide solide
Qu’il a fallu ignorer pour rester en place
Ou sciemment nier pour demeurer lucide

Car le néant qui t’alourdit, opprime et serre
Et fait que tu ne peux tomber quoiqu’il se passe
Est acéré comme un poignard qui t’éviscère.

13 Mars 2017

jeudi 9 mars 2017

Corps et âme

Habituellement, lorsqu’on confie son corps à quelqu’un, c’est qu’on a un amoureux et c’est à lui qu’on le confie. Il faut être malade pour le confier aux médecins. Confier son corps, en amour, cela t’éloigne de toi, cela t’aliène, c’est comme une cession, partielle voire totale, de ce corps qui dès lors ne t’appartient plus, dont tu ne gardes que l’usufruit. Le confier, à l’hosto, c’est la même chose. Guéri, on revient à soi.
Par chance, celui qui guérit d’amour, d’une façon se perd, alors que celui qui guérit des mains des docteurs, de toute façon se retrouve : il est préférable de rentrer vivant de l’hosto que de revenir à soi, à moitié mort, d’une histoire d’amour.
Le médecin qui connaît son boulot et l'amant qui connaît le sien refusent tous les deux d’avoir les mains baisées par ceux qui sont ravis de pouvoir se passer d’eux.

Love hidden in a thorny bush
Like bluetits I can’t see but
I sure know they’re in:
I hear them sing.

They sing to sleep, soon dark will fall
And hide the brier with its hidden love
Pedestrian night.

Don’t need a burning bush to learn
The presence of the source divine.
Tomorrow I shall take you home
No matter how.

March 6, 2017

samedi 4 mars 2017

On Ideal Nudity and Authentic Education

Es gab Epochen, da musste man, wollte man eines nackten Mannes angesichtig werden, diesen im Kunstwerk leiden lassen: am Kreuze, von Pfeilen durchbohrt oder als gefesselten, sterbenden Sklaven ; dem nackten Weibe hingegen war oft nur die Wollust vorgeschrieben, Wollust oder auch Berechnung. Die als quälend erfasste Entblößung des Weibes und der lustvoll berechnende männliche Nackedei – nicht mehr der heroische – sind die Symbole einer Zeitenwende. Wer hier den Fortschritt verkennt, gehört zu den Neunmalklugen.

I don’t have much of it
And can’t say with exactness
But the feeling of being guided is rare.

Life is a tough journey, she said
They’re trying to get you somewhere but
No one guides you, let alone out of love and kindness.

The kind of pushing I feel, howsoever gentle
Reeks of malice and force, guidance
Would be sweet, she said.

It would be homeward bound
Making you sympathize with your guide
Reassured in those arms. Pressuring breeds defiance.

Frictional heat is another kind of it.
But I’m stubborn, even if I give in. The prod
Doesn’t ever bring me home, it’ll come back to roost.

– I, too, don’t have much of it
And cannot say with exactness, I said
But aren’t you trying to push me instead of guiding?

Turn it as you will: there is
A bit of hope in lacking guidance
And the other feeling you’re complaining about.

Sit up and
Compare all this
To nudity and education.

March 2nd, 2017

mardi 28 février 2017

Windhundrennen

Ich weiß nicht, ob es so etwas wie Windhundrennen in Schweinfurt gibt oder gab, ich vermute, eher nicht, aber kürzlich fiel mein Auge auf eine namenlose Zeichnung – es waren nur ein paar forsche dicke Striche – und weil ich in meinem Innern dem Blatt einen Titel geben musste, fiel mir „Windhunde in Schweinfurt“ ein. Wie es zu solch spontanen Namensgebungen kommt, entzieht sich auch ganz meiner Kenntnis, aber was passt, das passt eben, und was sein muss, das muss sein. Das ist überall so im Leben, und der Dichter hat nicht mehr zu tun, als sich den Tatsachen zu fügen.

Es stieg zu Hinz und Kunz hinab
Ein Moses einst vom Berg;
Indes, was er nun von sich gab
War auch nur Menschenwerk.

Die Botschaft göttlicher Gestalt
Konnt er nur so verkünden:
Sollt lieben die Naturgewalt
Mehr als die eignen Sünden!

Wenn ein Vulkan mit Ausbruch droht
Ist es sein gutes Recht
Doch nicht, wenn schon das Morgenrot
Zu Drohen sich erfrecht.

Dem Starken sollt ihr ohne Neid
Die Stärke zuerkennen
Dem Schnellen die Geschwindigkeit
Dem Feurigen sein Brennen –

Nur wenn ihr starke Sprüche hört
Aus eures Bruders Munde
Fragt euch zurecht, was mehr verstört:
Der Wunsch oder die Kunde.

27. Februar 2017

lundi 27 février 2017

Drab is My Light

Je suis comme tout le monde : le soir, téloche est premier choix. Et « quand il n’y a rien », on se débrouille. Pourtant, cette routine-là est des plus précieuses.
Le morne est ma lumière, je ne veux pas savoir plus. Il suffit de faire confiance à la sagesse de l’Ecclésiaste lorsqu’il se passe tellement peu dans une vie que, dès qu’il s’y passe quelque chose, on pourrait bien s’en passer.
La maladie, par exemple, qui t’empêche de continuer comme ça, n’est jamais le Messie ; et même pas la peine de te le rentrer dans le crâne, imbécile, car, manque de pot, tu le sais désormais.
Ceci dit, je ne vis pas sans idéaux, je connais seulement la valeur de la grisaille. Et il faut en avoir vu, de cette grisaille, éternelle grisaille, grisaille d’or tel le silence ! Ça ne se comprend pas de suite, ça ne s’invente pas, mais une fois qu’on l’a compris, on a tout compris.

I sure shall never be the same
But what I am, I will remain.
Drab is my light, but light as bright
As life is frail, unfolding into trite.

Sit at my table, munch my meal
The kitchen lamp blinks like unreal
A Cyclops’ wink, we’re of one fate
I and the grub that cowers in the plate.

The dish and I, we lick us clean
Ourselves enlightening the scene.
More days will follow, same on same:
The few of it I cherish I’ll retain.

February 26, 2017

mardi 21 février 2017

Traffic Noises

J’entends un bruit, et ce bruit, lui, ne m’entend pas. Car c’est un bruit sourd. Ces bruits sourds sont les pires : ils ne se rendent même pas compte comme ils sont gênants. Les bruits qui ont fine oreille manquent, certes, de discrétion, mais au moins ils entendent nos plaintes. 
Si j’avais le choix entre sourd et pas sourd, beaucoup dépendrait du fait si j’étais bruit moi-même. Si l’on est bruit, la surdité est préférable, et si l’on est celui qui doit l’entendre, également. C’est fou comme le moindre bruit peut brouiller les choses, ou alors le silence.

Like any other source of disturbances
Some engine grinding to a halt
Reassures and yet vexes.

Wouldn’t be happier
Having a life without having
It screech out there to rev it all up again.

But suffice it to say that
Whenever I hear myself living
I deeply yearn for the balm only death procures.

On the other hand, what else is an end
If not such grinding to a halt-
Constricting silence?

February 20, 2017

vendredi 13 janvier 2017

On Top and Bottom


1. Putz or Schmuck?

Habe einen Hut gekauft und schräg aufgesetzt. Der Hut, der vor dem Kauf niemals weiß, wie er später einmal aufgesetzt wird, ließ es mit sich machen. Hüte, die sich dagegen wehren, schräg aufgesetzt zu werden – oder auch dagegen wehren, gerade aufgesetzt zu werden – müssen Gelegenheitshüte sein, die schon einmal einen Träger hatten. Es ist sehr schwer, einen gebrauchten Hut umzugewöhnen. Man sollte seinen Kopfputz oder -schmuck deshalb möglichst neu kaufen. 
Setzen Sie Ihren neuen Hut zum ersten Mal auf den Kopf, achten Sie darauf, wie er sich spontan verhält. Falls nötig, stupsen Sie ihn sanft mit den Fingern in Position. Darauf geht er normalerweise fast widerstandslos ein. Einmal am richtigen Fleck, loben Sie ihn mit einem freundlichen Klaps auf die Oberseite. Er wird sich beim nächsten Aufsetzen daran erinnern und von selbst die erwünschte Lage einnehmen. Tut er es nicht, ist der Gang zum Hutpsychologen oft die einzige Lösung.

One had this covering desire
But not one living skull to admire
Took such desire for himself
To let it flourish off-the-shelf.

Snook-cocked that pious Cavanagh lid
Those of his kith have longly donned
Fedora’s shadow cast beyond
The pale, knew how to wing it, kid.

Well, I ignore what happened after –
Behatted bodies are no laughter
Desire tends to fly away
And pates go balding anyway.


2. Touching Bottom


I touched some bottom, it
Was sweet and warm.
I had the right to touch this bottom which
Is rare, our common decency alas
Prohibiting the bulk of bottoms to one single man:

Each has to work his way downward to them
(One at a time...)
With apt remarks – but not about the bottom, God forbid!
So, to deserve the slightest one you must
Be sedulous, wordy, witty, and somewhat sly.

The lazy, mute and truthful will
Mostly stay bottomless in God’s own world.
I do not know why this is so
Nor do I know
Why I have always been this fond of touching bottom anyway.


January 13, 2017

lundi 9 janvier 2017

Dernier âge de raison

Variations sur le Vermögen

i.

Il paraît qu’est arrivé le dernier âge de raison
Quand la raison ne cède plus la place aux raisons.
– Enfin ? – Déjà ?
Je ne saurais quoi répondre.
La raison au singulier, voilà ce qu’il me faut.

Une relation monogame avec la raison
Est une relation raisonnable, je le concède volontiers.
Or, c’est à ce moment précis, la maison devenue si calme
Qu’au lieu des petits pas, dans l’escalier et partout
Cajolante, petite voix se fait entendre.
C’est une voix dedans la tête.
Raison, ça ? Ma foi, serait-ce folie ?

Nullement. Je deviens sourd, rien de plus, et
La recette du sourd c’est d’écouter la voix interne.
Non pas l’entendre – l’écouter, cher ami.
Il faut meubler, et ignorant comment bouger autrement
Je me promène dans la maison déserte
Tel un vieux chat désœuvré
Qui fait semblant d’encore explorer.
C’est que tout fait semblant ici.
Et surtout semblant de foutre le camp.


ii.

Notamment celle-là, la sexualité fait semblant de partir.
Elle ne s’en va pas, elle fait semblant
Et ça veut dire que ce qui reste d’elle – elle –
Est désormais en mauvaise disposition.
La sexualité qui est en mauvaise disposition
Est pire que celle qui s’est barrée pour de bon :
Elle est juste restée pour foutre encore le bordel.
Avant, quand elle foutait déjà le bordel, pour le moins
Elle était bien disposée, la garce.

Larkin disait qu’à un moment son don l’avait quitté.
C’est en rapport.
D’autres perdent un jour leur fortune, et là
Perdu est perdu, il n’y a pas de menace qui ne tienne.
La fortune d’avoir un don
Se perd donc pareil
Et pas pareil.

Tout ça c’est de la capacité, diras-tu. Et moi, me
Tordant les mains, éperdu je l’appelle doss gantze farmejgn...
Nos attitudes n’y changent rien :
Quoi qu’il nous arrive
Raison fait que c’est dès lors mal disposé.


5 Janvier 2017
 

jeudi 5 janvier 2017

Poems on a Just War

The war they fought was a just war
But they didn’t fight it in a just way.
Just wars are great rarities
And it is even rarer to fight them justly
– Maybe it never happened –
Yet most soldiers, like anyone else, try their best, so
There’s not an ounce of blame in this.

Life isn’t just fights, it is also opportunity:
This morning, still in bed reading poems
About a war I know of only by hearsay
I was touched by their plainness.
However, there is more than plainness
Since even the most well-armed survivors must know
So much more than what they’re willing to tell.

Then I put that book aside
Reflecting on youth, the poet’s
Epiphanies behind the twin guns
Or sometime afterward, who cares
And I concluded that the question of justice
Come war, come peace, might entirely depend on
One’s indulgence to not let pass.

January 5, 2017

mercredi 4 janvier 2017

I Puritani


1. Kontemplationszwang im Spätkapitalismus

Obwohl wir – möchten wir uns nicht gegenseitig umbringen – ungemein aufeinander angewiesen sind, habe ich keinerlei persönliches Verhältnis zu den anderen Autofahrern, weder auf der nächtlichen Landstraße mit nichts als deren Lichtern als Anhaltspunkten, noch etwa im Stau, Stoßstange an Stoßstange, wo man sich doch in aller Ruhe ein klein wenig näher kennenlernen könnte, denn schaue ich in den Rückspiegel, ermöglicht mir das fast eine persönliche Meinung, nur zu einem Verhältnis langt es nicht. Ich weiß nicht, was es bräuchte, damit ein solches Verhältnis zustande kommen könnte, Verkehr ist es nicht. Bloßer Verkehr führt noch zu keiner Bindung, keiner echten menschlichen Beziehung, das erkenne ich daran. Ich fühle mich ja noch einmal geborgen inmitten all der anderen Fahrzeuge und wünschte mir verkehrstechnisch eher Einsamkeit. Man ist schnell im Traumreich der Selbstbefriedigung, rote Welle hin oder her.

Um mich herum wie Drahtverhau
Aus frommer Ungeduld –
Ich stehe wieder mal im Stau;
Es ist auch meine Schuld.

So sieht es aus, das täglich Brot:
Ein Meer von Artgenossen
Anbrandend bis das Abendrot
Hat all sein Blut vergossen.

Ja, bis die Nacht in Armen hält
Als letzten Lebenszweck
Geht es mir wie dem Rest der Welt:
Wer steht, kommt nicht vom Fleck.

Uns, die wir alle durch das Öhr
Zur selben Stund wolln gehen
Erlaubt erst der Berufsverkehr
Den Himmel zu verstehen.


2. Farbskala, Gospel und Lebensfreude

Vor einigen Jahren nannte man einen solchen noch Neger, doch jetzt sehen wir auch in ihm einen Menschen, und weil dieser Mensch hinter der schwarzen Maske des Wortes „Neger“ verschwand, nennen wir ihn jetzt nicht mehr so. Wir dürfen zur Not noch rufen: Ei, du Blondschopf!“ – denn hinter der hellen Maske des Wortes „Blondschopf“ verschwindet der Mensch hierzulande nicht – aber keineswegs: „Ei, du Neger!“ Diejenigen freilich, die auch schon früher hinter dem Neger einen Menschen sahen, sind aufgeschmissen: Sie hatten damals Unrecht und haben es heute. Ich könnte als Neger nur den Kopf darüber schütteln.
Ich kannte übrigens welche, die sprachen so gut Deutsch, dass sie das Wort zum Lachen brachte. Sie hatten dann so richtig weiße Zähne in ihrem pechschwarzen Gesicht, es blitzte buchstäblich die Intelligenz hervor. Heute bringt so ein Wort niemanden mehr zum Lachen. Wir sind jetzt alle richtige Menschen dahinter geworden.

Die Amsel singt vielleicht deshalb so schön
Weil sie so schwarz ist. Auch die hellern Vögel singen
Doch Amseln scheinen etwas darzubringen
Was mit der Schwärze in Verbindung scheint zu stehn.

Im Gegenlicht sind alle Vögel gleich;
Allein die Amsel hoch auf der Antenne
Wirkt so besonders nah dem Himmelreich –
Die Amsel, oder was ich eben „Amsel“ nenne.

Ist es das schwarze Kleid, was ernsthaft macht?
Die Amsel kümmerts nicht, sie singt im Abendrot
Und ist verschwunden, kommt die Nacht;
Ernsthaftigkeit ist hierbei kein Gebot.


3. Januar 2017

jeudi 15 décembre 2016

Dernier effort

Elle a fait ce que beaucoup font à son âge
Simplement, et sûrement.
C’est, dirait-on, la moindre des choses
Et pourtant, c’est du lourd.

Depuis de longues années déjà, elle avait quitté ce monde
Puis là, elle a encore fait un pas, décidé, inattendu en quelque
___________________________________________ sorte.
Parce que quitter le monde ne suffit pas, la nature
Est implacable, il faut encore trouver de la force quand on n’en a
____________________________________________plus.

Lorsqu’on l’a vue, elle n’était donc plus là.
D’abord très lentement sortie du monde, puis à la fin partie en
___________________________________________flèche.
Ce coup-ci, son corps, lui aussi, avait dû la suivre.
Une absence successive, tout à fait organisée.

Le caisson qui l’enserrait était, en fait, vide
Puisqu’elle avait trouvé en elle l’ultime ressource de disparaître –
Pas uniquement du monde, mais même du cercueil.
Nous y reconnûmes un dernier effort impressionnant.

14 Décembre 2016

mercredi 14 décembre 2016

Hymne à la joie

 
1. Enfance

Lentement, les petits garçons deviennent des hommes. Petits garçons, il leur arrive de criailler lorsqu’ils jouent ; devenus grands, ils font toujours joujou, mais ont cessé de criailler. Du progrès, dirait-on ? Moi, je me désole de ne plus vous entendre lancer vos petits cris haut perchés, elle n’est pas naturelle, cette agitation muette. Eh bien non, le bourdon ne remplacera jamais les aigus.

There is very much shrieking when they play.
So there is reason to believe
That their shrieking matters more than their playing.
Sure, grown-ups do it silently. In the long run only the play
_________________________________________matters
And this is not progress.


2. Jeunesse


Avant, bien sûr, le jeune était moins jeune. Il était nettement plus mûr, avait des cheveux longs et plutôt sales, et s’il se laissait manipuler, c’était par d’autres jeunes, pas par des producteurs de teen movies proprets. Les producteurs de l’époque étaient le plus souvent chauves et cyniques, mais à l’instar de la lutte contre la saleté, la lutte contre la calvitie a fait d’énormes progrès, et il faut constater que les vieux qui, de nos jours, manipulent ces jeunes trop propres et ingénus sont, eux aussi, devenus plus jeunes et ingénus, hygiène et chevelure aidant. Par bonheur, l’équilibre est préservé.

When I saw the lights first, they were flickering.
Now that I know them a little better, I have
Learned that constant flickering
Might be the the most constant thing
This life’s lights ever can produce.


3. Maturité

Une espèce de déchéance, en effet, a atteint les organes. S’emparant de votre joie, rassurant en somme.

Having a safe meal
Having a safe evening
Having a safe everything, say, in front of your TV set
Isn’t simply an achievement of a lifetime, it is
The greatest achievement of humanity.
Becoming that rich in safety
Was incredibly difficult, the right to feel bored
Wasn’t granted, it was bitterly fought for:
All this ruin and destruction, everywhere, even
In front of your place, the unsure street – all those horrible
Wars, waged only to have you safely nodding off in front of your
___________________________________________TV set.


4. Vieillesse

Je passe moins de temps dans mon lit, et pourtant, la vieillesse arrive. Elle est debout, la vieillesse, debout sur ses jambes de plus en plus chancelantes. Quelle revanche ! Mais puisqu’elle finira quand même couchée, peut-être rien qu’une ruse. Revanche ou ruse – quand tu le sauras, ce sera trop tard. En attendant, le lit, de bonne heure désert, se repose un peu. Et moi, qui vois la chambre déjà illuminée de cierges, quasiment effréné, si le mot n’est pas trop fort.
– Et t’en fais quoi, de tous ces petits matins passés éveillé ?
Oh, pas la peine d’en parler. Je m’efforce de rattraper. De rattraper et de retrouver ce que j'ai égaré la veille.

In wintertime
The days start with a freeze.
Out of bed, freezing.
Then the body gets used to it
Or the wisdom of radiators edges in.
But the moment of truth is always preceding.
Winter’s freezing leads you all through.
It is a gift to your bones, you know.


December 6, 2016

mardi 6 décembre 2016

Musée privé


1. Cadeau d’anniversaire

Elle a fait réparer mes poupées.
De très vieilles poupées, cassées depuis une
Éternité, par ma faute en quelque sorte.
Ne voulant pas les voir si abîmées
Je les avais rangées loin, puis à peu près oubliées.
Sans mot dire, elle les a ressorties et portées chez le spécialiste.

Ce n’étaient pas vraiment mes poupées, c’étaient celles
De ma grand-mère. Moi, garçon, je n’en avais pas eu
Mais, jeune homme, j’avais déniché celles-là.
Un héritage, bientôt cassé, puis rangé loin et à peu près oublié.

Réparées, je peux de nouveau les voir.
Or, il faut maintenant que je leur fabrique un lieu.
Quand on me sort des souvenirs brisés, quand
On me les colle et rend présentables, moi
Il faut que je leur trouve un écrin.
Ça, c’est mon boulot à moi, personne
Ne peut le faire à ma place.


2. L’insondable vérité


À force de collectionner
La maison est devenue un musée privé.
Qui dit musée, dit passé.
Ici, il y a bien plus de musée que de passé.

Je me rappelle l’histoire de chacune de ces choses
Mais elles ne me font pas un passé
Elles le remplacent plutôt
Ou plutôt, elles le remplaceraient si seulement elles le pouvaient
Parce que, pour être exact, elles ne remplacent rien
Elles sont juste entassées avec leurs fichues histoires
Dont, faute de passé, je me souviens beaucoup trop.
Trop frais, tout ça.

Si vous voulez venir me voir
De grâce, n’apportez rien, j’ai déjà tout.
Je ne dispose plus d’aucun coin libre, chez moi
Tout s’accumule et se chamboule
Désordre vital qui, certes, vous enchantera
Ou qui vous révulsera, c’est selon.
S’il ne vous laisse pas carrément indifférent
Car je la connais, l’insondable vérité des musées.


6 Décembre 2016

samedi 3 décembre 2016

Choses sérieuses


1. Ein Beitrag zur Wehrpflicht

Es gab einmal so etwas wie eine Wehrpflicht. Wobei meine Generation das als Pflicht sich zu wehren verstand, und zwar gegen die Wehrpflicht. So wehrten wir uns pflichtschuldig gegen die Wehrpflicht und kamen ihr insofern nach. Inzwischen ist eine Wehrpflicht selten geworden, und tatsächlich hat man auch den Eindruck, dass sich die Menschen jetzt seltener wehren. Die Wehrpflicht wurde durch eine Art von Zustimmungspflicht ersetzt, und diejenigen, die sich heute gegen die Zustimmungspflicht wehren, stehen schlicht nicht mehr in ihrer Zeit, es sind meistens Reaktionäre. So einfach und auch wieder kompliziert sind die Dinge.

Ich hatte noch nie eine ernsthafte Waffe in der Hand
Die Dinger, die ich in der Hand hielt, waren alle ohne Munition
Oder es waren Karabiner auf der Foire du Trône
Harmloser Luftdruckkram, gerade gut für einen Jahrmarktstand.

Das echte scharfe Zeug, das Leute niederstrecken kann
Ist nicht für mich; was ich aus meinem Leben kenne
Ist Spielzeug, lächerlich, wie immer ich es nenne:
Ich kenn den Pulverdampf der Macht nicht, bin zuletzt kein 

______________________________________ganzer Mann.

Ein Leben, wenn es ernsthaft wird, ist mir verwehrt;
Unernst zeichnet mein Dasein aus, es ist brutal
Wie reiner Unernst ernst sein kann, egal
Ich bin ihm ausgesetzt, entwaffnet, fast entehrt.

Ach, es gelang mir nur, niemals Soldat zu spielen.
Einfacher wäre wohl gewesen nachzugeben...
Ein halber Mann, frech desertiert aus diesem Leben
Vor lauter Heldentum, Dickkopf, Ohnmachtsgefühlen.


2. Viser, toucher


Pour viser juste ce n’est pas des mots qu’il faut
Et ce n’est pas faute de balle ou de cartouche
Ne distinguant pas bien les biens des maux
Mais parce que pendant notre escarmouche
Les mots échangés sont en fait de trop.
C’est que la formule, pour faire mouche
Doit être, en somme, juste monnayable.

L’argent qu’on touche n’est jamais celui qu’on vaut
Et ça, non pas parce que ce qu’on touche est louche
Ou le calcul de ce qu’on vaut est faux
Mais parce que ce fric, dès qu’on y touche
A bien cessé de valoir ce qu’il vaut.
C’est que, pour rester pur, il s’effarouche
Car tout contact lui est désagréable.


3 Décembre 2016
 

jeudi 17 novembre 2016

Instrumental

Je possède trois marteaux : un grand pour lorsque j’ai besoin d’un grand, un moins grand pour lorsqu’il me faut un moins grand, et un petit parce qu’il est joli. Mais pourquoi avoir trois marteaux lorsqu’on n’a d’utilité que pour deux ? Le petit m’émeut.
C’est donc parce que la petitesse émeut plus que la grandeur, le silence plus que les mots.
Le silence est inutile et les mots sont utiles, pourtant c’est le silence qui émeut. Et moi, comme du silence, j’ai besoin d’un marteau à Lilliputien. Parce qu’il est si joli et apparenté au silence, je m’imagine qu’il ne ferait qu’un bruit minuscule, presque celui d’une clochette de fée, s’il pouvait quand même servir. C’est dire qu’il ne fait pas peur.
Je pourrais l’avoir en permanence sur moi, il ferait de moi un monsieur avec un tout petit marteau dans sa poche, ayant de tout petits besoins peut-être, un monsieur silencieux, ou presque. Ce désir d’emporter le silence dans sa poche, n’est-ce pas valable comme excuse ?

A tool should be for wimps, minute and frail
No manly hammer for some solid nail
It should be fun, a toy, no trap, no cruel
Catch question for the clumsy and the fool.
The world would be a better place I guess
If all were but vain wishes, functionless.

Puis, j’ai encore simplifié, j’ai voulu me servir d’une punaise. Elle s’est cassée sur-le-champ.
Le rond s’étant désolidarisé du clou au milieu, ce dernier m’est rentré dans le doigt.
Je crains ce genre de petit accident lorsque j’ai affaire à des punaises. La punaise a l’air trop innocent, trop direct, trop pas-besoin-d’un-marteau, elle est facile et ça se venge. Or, ce n’est pas elle qui souffre, c’est moi. Ce n’est pas elle qui prend le risque, c’est moi, en la poussant dans le mur. La facilité se rachète, oui. Te rentre dans le doigt, incapable de te transpercer le cœur ou n’importe quel autre organe vital. T’en meurs pas, de son attaque inepte, mais n’empêche, tu saignes. Elle s’est vengée comme elle a a pu, cette faible, en te montrant que le plus vulnérable c’est toujours toi.

The worst of tools is good enough to work:
There’s always some force left to go berserk
And teach by vengeance, as per nature’s rule.
Now you are bleeding, see? You, not the tool
The weakest striking back, nevertheless.
No failure’s just obtuse and functionless.

Finalement j’ai réussi ce que j’ai voulu faire, et même sans l’aide d’un inutile outil, avec rien que le concours de mes mains, un peu de violence et, certes, aussi peu d’intelligence. Je les regarde, mes mains, légèrement abîmées. Des outils, elles aussi ? Quoi dire de ce pouce opposable et de cette peau plus épaisse de la paume ? Ça manque de génie, mes amis, mais me voilà satisfait du résultat.

Your paw is not a tool nor is this mitt
An untool, that’s quite easy to admit:
Too much raw sentiment above the bone.
Fancy a hatchet hand? Don’t take your own –
This one will strike, then stroke, then point, then bless;
Were it not so, it would be functionless.


November 7, 2016

jeudi 10 novembre 2016

Low Bar

You wouldn’t ask for much and wouldn’t get
That few, most modest hopes most likely shatter;
Regard the game as rigged, lack trust, no matter:
Why ask? Try to see both sides of the set.

There’s limbo dance, but there’s no stick abuse:
Low bar is tough when you don’t jump across
But shuffle underneath it, at a loss
Don’t blame the rule since options came in twos.

Be buried slabless, covered by a mound
As shallow as no landmark dares behave
Stone dead inside a dreary prairie grave
Perceived from far for all that void around.

November 10, 2016

dimanche 23 octobre 2016

Fruit Ripening in Stillness


i.

You cannot trust the sky, nor speak
Of unkept promises at that
When an exceedingly fine week
Is followed by a gloomy streak
And clouds blot out the sunny peak.

So how expect of this bright brat
One ever-constant climate? There
Must be some weather change ahead
Throughout one’s life, mundanity
Is all, poor chap, and all the fad.


ii.

 Overstretched life span, back to start again
Spoon-fed with Gerber, every now and then
Sporting a blind and toothless newborn’s grin –
All better than the grave. Why not. But when?

Mere questioning, some callow conscience may
Respond. Go poll them tots, it’s a survey
As good as asking death in her delay;
Just skip the meantime for it has no say.


iii.

Got some life still ahead of me
And some behind.
Know more about the second kind –
Am I half blind?

In comes the term of destiny:
It’s hid, now find.
Ignoring back and forth combined
Should clear my mind.


October 22, 2016

dimanche 16 octobre 2016

A Way Back Home

I’m average, it is the eye
That tells me where to head, no sound
Nor scent, nor heart, could explain why
I’m keen to get my butt around.

At dark, headlights a little weak
I’d come back on a winding road
Almost a game of hide and seek
A groping home in blindfold mode.

Oncoming loners lead my way
This way no mortal soul save me
The night keeps hedge and holt away
Into their somber destiny

But luckily no inner light
Relumes that halo of remorse
That strips a meager wordly sight
Of its dim rest of driving force.

October 15, 2016

dimanche 18 septembre 2016

Rosée matinale

Au lever, le poème était fini, dès lors
Les vers s’articulant – de ça je me rappelle –
Avec bonheur, pareils à des grelots en or
Tintinnabulant aux chevilles d’une belle.

Mais j’avais été trop flemmard pour les coucher
Par écrit, convaincu que j’aurais tout mon temps
Que c’était plutôt le moment de me doucher ;
Hélas, je ne l’ai jamais eu, ce foutu temps.

En m’essuyant j’avais déjà perdu la trame
Et jusqu’au sujet, me souvenant seulement
Qu’il y avait au début la rosée matinale
Qui te fait croire qu’il a plu auparavant.

Et la voilà, cette unique rosée, le reste
Telle la pluie nocturne entre-temps effacé
Et rien de plus que cette incantation modeste
Écho des occasions que j’ai laissé passer.

15 Septembre 2016

jeudi 15 septembre 2016

De la paix


i.

Elles se sont fâchées sur une question de politique. Comme ni l’une ni l’autre n’étaient en mesure de faire de leur point de vue la politique officielle du pays, elles se sont fâchées entre elles. Le gouvernement, lui, s’en fout de pareilles querelles, et c’est normal. Qui pourrait lui reprocher d’ignorer les opinions divergentes d’électrices qui se fâchent entre elles par impuissance ? Ce n’est pas la faute à la démocratie si le peuple, dans les ténèbres de son anonymat, aime se crêper le chignon. La paix civique est à ce prix.


ii.

L’été était encore là, presque en pleine force, et nous, comme des vieux, nous reposions sur un banc, un peu à l’écart, dans un recoin ombragé. La journée était particulièrement paisible, aussi parce que nous ne nous étions pas disputés depuis au moins vingt-quatre heures. Placide, je m’abandonnais à mes yeux qui divaguaient et finirent par découvrir, en dessous de la broussaille, de très petits fruits rouges qui, à les fixer de plus près, s’avéraient être des fraises des bois. C’était inattendu, cela faisait longtemps que je n’avais plus vu de telles fraises, puis je me suis dit qu’on était dans un parc tout de même et qu’elles n’avaient peut-être pas poussé toutes seules mais que, pour aussi discrètes qu’elles fussent, on les avait plantées à l’instar du reste, que c’étaient donc les fruits d’un effort et d’une volonté, comme le fait qu’on ne s’était pas engueulés dernièrement n’était pas non plus dû à notre nature intrinsèque mais également à un effort et à une volonté, bien que sur le moment cet état de choses nous semblât naturel. J’ai préféré laisser les petites fraises là où je les avais trouvées en me disant qu’il ne faut pas en abuser quand une journée est si calme que la paix a quasiment l’air d’une évidence.


iii.

La paix dont on jouit, ce n’est pas la paix tout court. De la paix tout court, nous ne savons pas grand-chose. Nous ignorons même si elle existe. La paix dont nous jouissons, par contre, nous est connue pour peu que nous en jouissions consciemment. Je ne sais pas si la paix dont on jouit saurait être universelle, je sais seulement qu’il ne faut jamais trop lui demander – elle se lasse très vite, et au moindre petit questionnement, elle est en ce sens comme une adolescente à la maison – et lui demander l’universalité est, certes, beaucoup demander. Mais à ceux qui ne lui demandent pas grand-chose, elle se montre souvent généreuse, avec son rire facile et un peu bébête, sa belle peau fraîche et ses manières gaiement désordonnées.


13 Septembre 2016

mardi 13 septembre 2016

Stillness and Motion

            “But forms of thought move in another plane”
                                                                          Donald Davie


1. On a Grin

One couldn’t miss this reaper’s grin, and thus
I feared it could be the last thing I’d see
Before a night of deadpan randomness
Would make all faces freeze eternally.

Surefooted life’s consistent with its ends
In that, despite their rictal miens, they are
Not even next-to-last in either sense
The one last thing in life being life so far.

Each grin can grow into a last thing though
Depending simply on when it occurs;
The odds are of that kind one cannot know
As long as life in life itself demurs.


2. On Unease


Starting as tight and narrow as it ends
And, in between, a vast of wistfulness
Life, so consistent with its trifles, tends
To come down to itchy feet or homesickness.

It’s hard to value peace in peacetime, it’s
A bore that anyplace your self got ways:
This vehicle of tiniest cogs and bits
Goes creaking if not greased up with malaise.

I gather that when traveling went tricky
Reasoning off was all your actual move
Backward or forward, an unease that sticky
To have you slipping into cushy groove.


September 11, 2016

dimanche 4 septembre 2016

Immovable


1. Got Around

I, having a shower.
Calcutta?
Not much of a stretch.

I, up on a ladder.
The Swiss Alps?
A pretty close guess.

I, bit by a gnat.
Amazonia?
As simple as that.

I, nights into days.
Down under?
Just so bang on, mate.

I, busy with muggins.
Back home then?
This was a tough one.


2. Unheard-of Spots

I think we only have these cloyingly
Calm summer nights so that I can hear far
And, as if some door hung dourly ajar
Far off, indeed, through damp, a company
Is regularly bursting out: I’ve their guffaw
Without the motive mots stuck in my craw.

If travelers must rise to overbear
Sheer life’s longueur, that horizontal wall
I’ve wound up settled, deafened to the call
Of made-up crests or purity of air
My remnant innocence being to leave
Distance alone, like dropping to its eave.

Day after day honing myself by rote
Existence, I dismiss the others’ version;
A mild disgust with humankind’s remote
Hilarity is sufficient diversion.
Strange Continents best cackle on their own;
Too bad they weren’t gladly kept unknown.


August 29, 2016  [Apparent Opposites I]

samedi 3 septembre 2016

Carmel


1. The Merry Gardener
                                   Jer. 2:7

Are some tomatoes in a trough
Actually powerful enough?
They are. This summer I won’t quit
I have to water them and shit:

Homegrown tomatoes are so sweet
To give misanthropy a treat
The poison in them is too strong
To miss where you just don’t belong.

Grim sentry of the garden land
I’ll stay all summer can-at-hand.


2. Une ascension

Je l’ai souvent vu de loin, tout seul
Et une seule fois de près.
Je n’en ai guère de souvenir
Je me rappelle uniquement comme
Incorporé dans la masse des touristes
J’ai essayé de faire abstraction
Sans vraiment y arriver.
Je me suis dit que ce pourrait être une procession
Au Moyen Âge, il a dû connaître ça, le fameux Mont St-Michel
Bien avant sa promotion au patrimoine de l’humanité
Mais mon effort même me trahissait. Alors, j’ai renoncé.
Avec tout le monde, j’ai monté les marches et j’ai renoncé.
Rien n’est perdu pour autant.

Je l’ai souvent vu de loin, tout seul
Et une seule fois de près
Et c’est comme si je ne l’avais jamais vu –
Voilà le secret du sacré.


31 Août 2016  [Apparent Opposites II]

vendredi 2 septembre 2016

Proof by absence

There are apparent opposites
In one, for instance, when one sits
On a church pew and lets one go;
Yet there is not one Holy Joe
Who’d think that stink to Faith is due.
Apparent opposites are true.

There are apparent opposites
In one, for instance, when one quits
This world and likewise comes to stink;
Yet there are none who’d ever think:
Once gone, that should be otherwise.
Apparent opposites are lies.

September 2nd, 2016  [Apparent Opposites III]

jeudi 25 août 2016

Geisthauch und Modefurz

Richtig, die Dinge sind eingeschlafen
Öde, im Gleis laufend, nichts
Will mehr leuchten.
Gegen so viel Verstaubtheit muss
Etwas unternommen werden.
Neuer Wind in die Bude
Neuer Geist her.

Wird allerdings hergerichtet
Schwindet unweigerlich jene Seele
Die schon immer im Heimlichen haust
In den Flecken und Schatten
Noch mehr aber den Halbflecken und Halbschatten
Da kann es der Herrichter noch so gut meinen
Und noch so kühn sein.
Hat er denn keine Religion?

Das Bessere
Ist vielleicht die Anbetung des Alten
Falls einer anbetet.
Die Anbetung des Neuen
Ist jedenfalls das Schlechtere –
Man sieht das jetzt jeden Tag.
Die funkelnden Sterne
Sind sie Älteres oder Neueres
Sobald ihr Bild hier unten eintrifft?

Es zählen doch einzig die Lichtjahre den Chaldäern
Samt den Schattenjahren, Halbschattenjahren.
Der neue Wind, wenn man ihn spürt
Entfuhr einem Urgrund, in dem
Ewige Finsternis herrscht.

22. August 2016

mardi 23 août 2016

Scheme

What does it mean to be oneself? Locked in
That solitary cell for good, if you
Want company, grow alien to yourself.

Were there an easier way, I would not have
Been stuck with genitals nor would you show
My exact face. Grow alien to yourself.

Man in a man the life you serve shall turn
Into your very own, moon’s glow cut through
The bars, a glossy double of yourself:

One single fitful shadow on the cot
A night, endowed with presence and concern
Save you. Become an object to yourself.

August 23, 2016

jeudi 4 août 2016

Das Plakat

[Dans la pénombre, la couette, rabattue, malicieuse peut-être, découvre une ligne de chair : dos-fesses-jambes. Entre couette et drap – qui forment des lèvres – ça se présente, dirait-on, comme l’entrée dans une bouche.

D’autres, bien sûr, compareraient plutôt à une espèce de sandwich.

D’autres encore, j’en connais, d’humeur mystique, pour qui l’âme est un bernard-l’hermite à la recherche de sa coquille, supposeraient la chair en question animée par une âme qui l’aurait donc choisie pour coquille – la chair, non pas la couette. Et pourquoi, précisément, celle-là ? Parce qu’elle a dû lui sauter à l’œil, ça se comprend. Reste le mystère par où cette âme a pu entrer.

Pour une fois pas de doute : par le cul. Qui en a encore les joues toutes pleines, on aime bien ça. Jolie coquille dans laquelle l’âme a pénétré par le cul. Et pas uniquement l’âme. D’autres nourritures, terrestres, ont suivi. Sans y demeurer outre mesure. En ce sens-là, l’âme est simplement la plus téméraire – une fidélité à toute épreuve qui ne s’offusque même pas si des invités surprise la poussent un tantinet en avant.

Ceux qui penseraient juste à un corps pris en sandwich seraient alors un peu embêtés : faut décider, après tout, si ça bouffe ou veut être bouffé. Quant à moi, vu le contexte, mon opinion est faite.]


Ich habe einen Rückenakt
Gerahmt und unter Glas gepackt.
Betrachte ich den Rückenakt
Ist er jetzt nicht mehr ganz so nackt.

Dort spiegelt sich nun mein Gesicht
Und kleidet, was bekleidet nicht
Gewesen, und versinnbildlicht
Mit mir den Zweck der Rückansicht.

Es ist schon recht, dass jetzt das Bild
Mein bloßes Abbild fast verhüllt:
Die Lust nach Nacktheit ist gestillt
Doch auch der Nacktheit Wunsch erfüllt.

31. Juli 2016

dimanche 24 juillet 2016

Steel Sharpening Steel

En passant devant la glace
Furtivement comme un soupçon de moi enfant
Oui, ma bouille d’enfant
Sous la touffe de moi enfant, l’épi inclus.
Cette glace, plate et oublieuse en apparence
Mais qui m’a connu petit
Aurait-elle conservé des empreintes
Pour les sortir le moment voulu ?

Je vérifie et voilà de nouveau moi
Comme je suis en ce moment.
Déception rassurante.

L’acier aiguise l’acier
Et la réflexion, la réflexion :
Étais-je autrefois plus intensément moi-même ?
Le suis-je maintenant moins, ou de façon moins durable ?
L’impression, trop fugace, ne permet pas d’en juger
L’image qui reste étant celle du présent.

Elle se refuse à toute comparaison dans le calme
Cette glace, trop lisse pour qu’on la mette au pied du mur.
« Non, non, je n’ai rien dit ! » affirme celle
Qui n’est pas un témoin fiable.

Impossible de coincer ce qui est
Autrement que par d’autres présences.
Impossible également d’être frappé par autre chose
Que ce qui n’est plus.

23 Juillet 2016

mercredi 20 juillet 2016

La tâche du poète


i. Matin d’été

Au réveil
Le tableau suivant :

Ouvrir les yeux pour voir
Ouvrir les oreilles pour entendre
Ouvrir la bouche pour bâiller.

Trop tôt ? Un problème d’ouverture ?
La pièce proposée manquerait-elle d’intérêt ?

Dans ces cas
Quelle solution ? Je n’en vois aucune
En dehors de refermer la boutique.

L’effort que fait un homme peut être en vain
Tous ses sens en éveil.
Pour le moins, les orifices du bas sont restés clos.
Ça viendra.


ii. Chantier en été

Le chantier en face est bruyant
Ils travailleront l’été durant, semble-t-il
Et le poète reste en ville cet été.
Cet été comme les autres étés.
Le poète, donc sédentaire
Observe comme cette ville se vide
Le chantier restant bruyant.
Le poète n’a pas envie de se déplacer
Puisqu’il lui manque les moyens de le faire à sa façon
La perspective des récits de vacances
Qu’il devra entendre à la rentrée
Le dégoûte déjà
L’été à peine commencé.
Le chantier reste bruyant
Et ce poète se demande
Si ce n’est pas le meilleur cadeau
Que la ville, ironique, lui fait cet été.
Ils sont méchants, les clins d’œil de la ville.

18 Juillet 2016

samedi 16 juillet 2016

Avant, lorsque c’était la saison

Avant, lorsque c’était la saison
Le ruisselet se gonflait en torrent.
Alors, c’était beau à voir
Son irritation était belle
Avec ses tourbillons en cascade, écumant par-dessus la roche.
Maintenant, il reste calme l’année durant
Et c’est cette régularité qui énerve le plus.

Avant, lorsque c’était la saison
Des sentiments très forts, n’est-ce pas, vous voyez la symétrie.
Je me foutais si c’était beau à voir ou pas ;
Dans tous mes états, je ne me regardais pas dans la glace
Ça a dû donner ce que ça a dû donner
Mais toujours mieux que pareil au même l’année durant
Bien qu’il soit vraiment idiot de s’en plaindre.

Allez dans un zoo.
Vous y verrez des bêtes imperturbables
Et d’autres en éternel émoi
Et d’autres encore paraissant inertes avant de brusquement
___________________________________________bondir.
C’est tout ce beau monde qui fait un zoo
Et moi, je suis à classer parmi ça.
Trouvez-moi simplement la cage qui me redonne mon ancienne
___________________________________________liberté.

14 Juillet 2016

jeudi 14 juillet 2016

Courage

[Normalement, à l’heure où l’on aurait besoin de courage, le courage manque. Le courage, tel un sourire, n’est là qu’en période paisible. Mais pourquoi est-il si étourdi et n’arrive jamais quand il le faut ? Qu’est-ce qu’il a, ce courage, à répondre présent lorsque nous rêvassons sur notre canapé pour nous lâcher sur-le-champ dès qu’il a l’occasion de se montrer ? Aurait-il peur de son ombre ? Je ne pense pas. Je pense que le courage, en fait, n’existe que de loin, et en état couché pour ainsi dire, qu’il est un très joli tigre de papier qui à distance, et couché, ressemble un peu à un vrai. Et je pense en outre que c’est bien fait ainsi. C’est-à-dire que l’illusion du courage, ou disons plutôt : un épouvantail en loques nommé courage, suffit pour la vie d’ici-bas. Que c’est comme avec la dissuasion nucléaire.

Et que dire de ceux qui, face au danger, au lieu de confier leur défense à un épouvantail ou tigre en papier, en font preuve à l’instant voulu, leur courage debout et droit comme un i ? Eh bien, il se peut que ce courage-là, à le regarder de plus près, ne soit pas, lui non plus, du bon courage mais plutôt une habitude qui, endormie, continue son train-train mécanique alors qu’elle ferait mieux de se raviser et cesser toute activité. Il se peut donc que ce courage soit simplement dû à l’exécrable inertie de l’habitude, qu’il soit de la passivité coupable devant l’épreuve, passivité tellement molle et monstrueuse qu’elle empêche le courage de prendre la poudre d’escampette et transforme la personne toute entière en somnambule. Alors, je vous le demande, n’est-ce pas mille fois pire que rester couché ?]

Boldness and mettle typically coming unlettered
I guess it’s cowardice that breeds the epic poem.
I wish I knew if this condition could be bettered
By having heroes drop their guts or just forgo ’em.

Feat’s trigger may be petty, chants the poet
Grandeur needs some editing out to elicit things
Reality is far too nondescript to show it –
So let us hark at gutsy bellie when it rings.

Would it enhance the story or would it be quite as
Reductive as the penning of a porno drama
To tell the cramps and bowel movements of the fighters
Before the battle as part of the panorama?

Sure, fleshly impotence breeds the heroic cocktail
Boldness and mettle typically coming unlettered;
He who has got a gelded tiger by the bobtail
Couldn’t care less if this condition should be bettered.

July 13, 2016

mercredi 13 juillet 2016

Where Angels Fear to Tread


i.

[Die Hauptrollen des einen Lebens sind nun einmal die Nebenrollen des anderen. Es kommt auf den Blickwinkel an: steht das Herrenhaus im Mittelpunkt oder das des Gesindes.]

Le rocher, sauf accident majeur, ne bouge pas
Et la mer, si elle s’agite un instant
Finira de nouveau étale.

C’est toujours un simplet
Qui se prendra pour le Sauveur
Et allumera la flamme, dite éternelle.

Le désordre, engendré par la méprise
N’atteindra ni rocher ni mer, le royaume de la flamme
N’est pas de ce monde-là, il est du nôtre. Le simplet est du nôtre.

Il est bien qu’il y ait des limites entre les éléments
Des séparations infranchissables
Même pour le vent

Qui soufflera sur la flamme éternelle
Avant que les eaux ne l’éteignent.
Le rocher, lui, ne bougera pas.


ii.

[Ja, die einen sagen nicht, was sie denken, und die anderen denken nicht, was sie sagen, ob nun Herr oder Gesinde. Vielleicht sagt der Herr zum Gesinde, was er denkt, und das Gesinde zu anderem Gesinde, vielleicht sogar der Herr zu anderem Herrn, doch sicherlich nicht das Gesinde zum Herrn.]

Dérangées, les chauves-souris s’envolent.
Tout d’un coup, le ciel se noircit en théâtre de
Dérangement. Puis, comme toujours, ça s’arrange.

On peut préférer le calme éternel aux brusques
Affolements qui l’assombrissent
Mais la nature est indécise.

Fois après fois, l’appréhension s’oppose au calme
Car, vue de près, la nature est petite et
Ses limites la séparent du grand

Qui n’a ni peur
Ni besoin de simplets
Imitateurs de chauves-souris.

Grandeur ressemble en cela à la grotte
De nature sombre d’où ça s’est barré au grand large
Brusquement affolé, supposons-nous, par l’apparition d’ombres.


iii.

[In einer Welt, in der jeder weiß, dass er einen Blickwinkel hat, darf auch jeder wissen, was sein Stand ist und wann sein Standpunkt gilt, aber da, wo keiner weiß, dass er ja nur so seinen Blickwinkel hat, ist auch das Wissen um die Stände verloren gegangen; da lügt man sich lieber gemeinsam in die Tasche und faselt etwas von Demokratie.]

Tant de raisons d’espérer !
Espère parce que tous espèrent
Espère parce que personne n’espère

Espère parce que quelqu’un espère, ou
En espérant que quelqu’un espère
Ou espère pouvoir espérer.

Le rocher, lui, ne bougera pas.
Raison de plus d’espérer
Ou de désespérer ?

Il y a bien de ces seuils entre les éléments
Seulement ils sont sans efficacité
À la recherche d’une vérité.

C’est que l’essaim réagit
Au semblable, pas au dissemblable.
Réagir au dissemblable serait le grand art.

13 Juillet 2016